Accoucher dans la vallée !!

  • 29 Jan 2018

  • Par : Dr Zouhair Lahna

  • Tags : sante, Maroc

Dans le Haut Atlas, les femmes continuent d’accoucher comme leurs ancêtres, souvent à domicile par les mains expertes de matrones (accoucheuses traditionnelles) qui ont appris l’art d’accompagnement de ces naissances. Naissances souvent heureuses et parfois malheureuses si un évènement indésirable vient enrayer la machine de la mise au monde. Et comment peut-il être autrement face à l’éloignement et l’enclavement des villages d’une part et la faiblisse des services mises à leur disposition de l’autre ? La technique d’accouchement des matrones est exemplaire, elles accompagnèrent les femmes pour un accouchement spontané le plus physiologique possible, en position assise légèrement penché en avant ce qui permet à la tête du fœtus d’entrer dans le bassin et d’effectuer une rotation et une sortie toutes naturelles. Ensuite, elles ligaturent le cordon ombilical par une ficelle et le coupe par une lame préalablement préparée. Et par des mouvements de secousses elles aident le placenta à son évacuation physiologique sans traction sur le cordon, ni précipitation.

Quand tout se passe bien, et heureusement que c’est souvent le cas, c’est le bonheur annoncé, la maman et le nouveau-né se portent bien. Alors elles aident l’utérus à se contacter par des mixtures dont elles connaissent le secret et qui contiennent souvent de l’ergote de seigle, une plante utilisée d’ailleurs dans des médications commercialisées à cet effet.

Mais quand cette mécanique échoue, la matrone peut se trouver en difficulté et la mère et son nouveau-né en danger. Si la tête fœtale n’entre pas dans le bassin par exemple après plusieurs heures de contractions du travail, il faudra alors trouver le moyen d’emmener la femme vers un hôpital. La logistique qui fait défaut oblige la famille à trouver un transporteur qui veuille bien la prendre dans son véhicule, parce que la mort n’est jamais loin d’une femme enceinte en complications. Les villageois le savent très bien et si par malheur, la femme décède pendant le trajet, le chauffeur qui souvent n’a pas d’agrément pour faire ce métier risque gros avec les gendarmes. ‘’On nous donne pas les moyens et on punit celui qui ose trouver des alternatives !!’’ s’étonnent les responsables associatifs !! Parfois, faute de routes ou de sentiers valables, ce sont les hommes des villages qui la portent sur une civière marchant des heures jusqu’à une route pour essayer ensuite de trouver un véhicule qui pourrait emmener la femme vers le centre de santé, en cas de refus, ils n’ont aucun choix que de continuer leur marche vers la Vie en se succédant aux quatre points cardinaux de la civière. Et comme c’est la même civière qu’on utilise généralement pour transporter les morts vers le cimetière, ça fait penser souvent à un mauvais présage

En attendant le désenclavement des villages et un service adéquat et de qualité dans les centres de santé et les hôpitaux, j’ai commencé un programme de formation des matrones pour pallier aux complications les plus fréquentes et qu’avec des gestes simples, elles pourront sauver ainsi des vies, notamment celles des mères en cas d’hémorragie en cas de non décollement du placenta ou de faiblisse utérine ou d’assistance respiratoire d’un nouveau-né fatigué et qui a besoin juste d’un coup de pouce pour démarrer dans la vie.

Justement la vie, ce bien précieux que nous possédons, se transmet et un jour ou l’autre s’éteint. Quand on a eu l’honneur d’exercer un métier qui l’accompagne ou la sauve. Donner un peu de savoir-faire aux accoucheuses traditionnelles, simple, efficace et qui ne nécessite aucun matériel sauf un apprentissage est un plus en attendant de faire mieux pour toutes ces femmes enclavées et courageuses.