L'hépatite au Maroc : 2 marocains sur 100 sont atteints d’hépatite

  • 01 déc 2014

  • Par : pharmapresse

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A l'occasion de la Journée nationale des hépatites, l’association SOS Hépatites a organisé ,le lundi 1 décembre, une journée de sensibilisation en présence d'une cinquantaine de médecins généralistes, spécialistes, acteurs incontournables dans la prise en charge médicale , des malades atteints des hépatites, mais aussi patients et journalistes .

Certes 3 millions de Marocains sont officiellement diagnostiqués mais «La plupart des gens infectés ne le savent pas, car c’est une maladie silencieuse», souligne le Pr. Driss Jamil, président de SOS Hépatites-Maroc et membre du comité scientifique de l'Alliance mondiale des hépatites , il faut sensibiliser et encourager avec persistance les populations au dépistage précoce, poursuit Pr. Driss Jamil : Nous voulons en faire un réflexe, car c’est un réflexe qui sauve car on accorde rarement de l'importance aux principaux symptômes de la maladie, notamment la fatigue, la perte d'appétit, les maux d'estomac ou encore les vomissements.

Cette journée de sensibilisation nationale a été également une opportunité pour réfléchir avec les pouvoirs publics sur les moyens et les méthodes pour assister les patients. Il s’agit également pour l'association de poursuivre son œuvre en faveur des malades, par la reconnaissance de leurs droits d'accès aux soins et l’amélioration de leur prise en charge.

L’hépatite (A, B, C…), touche 500 millions de personnes à travers le monde, soit 10 fois plus que le nombre de personnes infectées par le VIH/Sida ,d'ailleurs 1,5 millions de personnes décèdent chaque année suite aux hépatites A et B . Un rapport détaillé sur les hépatites virales, commandité par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), ce rapport sans précédent saisit les politiques dans le monde et leur démontre l'ampleur de l'hépatite virale. Sur 135 pays, il révèle que 80% des pays considèrent que les hépatites B et C sont un problème urgent de santé. Toutefois seuls 70% de ces pays ont mis en place une stratégie nationale pour la prévention et le contrôle de l'hépatite virale. Aussi, seulement 41% des gouvernements sondés déclarent avoir financé une campagne de sensibilisation quant à la gravité de l'hépatite B ou C au cours de ces cinq dernières années. Les analystes de l'OMS prévoient par ailleurs une vague d'hépatites qui aboutira à un fardeau économique significatif dans les 10 à 20 ans à venir.

Situation au Maroc :

L'hépatite est très répandue au Maroc, environ 300 000 Marocains sont atteints d’hépatite, c'est près de 2 marocains sur 100 sont concernés, il s’agit donc d’un grave problème de santé publique.

Le seul problème est le coût du traitement qui varie entre 72 000 et 144 000 DH par malade, Il est tout simplement impossible de tous les traiter, car le coût global représenterait 800 milliards de DH, presque la totalité du PIB du Maroc, les organismes payeurs ne couvrent que 70% des frais, les 30% restants sont à la charge du malade.

L'hépatite représente au Maroc un marché estimé à 3 milliards de DH, pour le diagnostic et les analyses de charge virale uniquement.

Il y a deux ans, il y avait eu une tentative des laboratoires Jensen & MSD, consistant à introduire la trithérapie contre l’hépatite C. Une formule plus efficace que toutes celles qui l’ont précédée, mais à un tarif prohibitif qui condamne la formule. Seul l'OCP accepte de rembourser à 100% le traitement pour ses salariés, la facture pouvant atteindre 250.000 DH. Au bout de deux ans, le produit est retiré du marché.

Un nouveau médicament : Sofosbuvir (Sovaldi®),l’antiviral de Gilead :

Le traitement présenté comme révolutionnaire, offrant jusqu'à 100% de rémission, est très onéreux. Il a été baptisé par des activistes américains "le comprimé à 1.000 dollars". En France, Sovaldi® coûte environ 7000 dirhams le comprimé, et 616 000 dirhams la cure de trois mois*. Le prix de la cure est respectivement de 49 000 euros et de 45 000 euros en Allemagne et au Royaume-Uni. Et, aux Etats-Unis, le coût est encore plus élevé : 67 000 euros.

Le laboratoire pharmaceutique Gilead a annoncé récemment avoir signé un accord de licence volontaire avec plusieurs fabricants de génériques implantés en Inde sur ce nouveau médicament . Cette licence autorise ces producteurs de génériques à exporter la nouvelle molécule dans 91 pays à bas et moyens revenus (PBMR) à moindre coût. Toutefois, elle interdit toute exportation vers le Maroc ainsi que vers 50 autres pays à bas et moyens revenus.

Au total, à travers le monde, 73 millions de personnes infectées par le VHC sont exclues du cadre géographique de cette licence. Au Maroc, l’accès aux traitements pour les 300.000 personnes atteintes du VHC paraît fortement compromis, soit parce que le coût ne pourra pas être supporté par le système de santé, soit parce que les personnes seront dans l’impossibilité de payer le prix de ces traitements de leur poche. On estime que l’exclusion du Maroc de cette licence va coûter au gouvernement marocain au moins 790 millions de dollars s’il souhaite soigner sa population infectée par le VHC selon les nouveaux standards de soins internationaux .

Loin de promouvoir l’accès aux médicaments, cette licence volontaire à l’initiative de Gilead représente une menace majeure pour l’accès aux traitements de l’hépatite C.

L’Association de Lutte Contre le Sida (ALCS), le Collectif pour le Droit à la Santé Maroc et la Coalition internationale de Préparation aux Traitements dans la région MENA (ITPC-MENA) dénoncent fermement l’exclusion du Maroc de cette licence annoncée par le laboratoire américain Gilead et appellent les autorités sanitaires marocaines à dénoncer cette licence et à explorer toutes les possibilités pour rendre le nouveau générique disponible au Maroc, notamment le recours à la production locale et aux voies légales contre les pratiques anti-compétitives abusives du laboratoire Gilead.