Santé au Maroc : Désillusions…et espoirs !!

  • 01 déc 2014

  • Par : pharmapresse

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L’ étudiante en médecine n’a pas accepté la mort d’une fillette de 13 ans par négligence, victime d’un système de santé ivre et des règles injustes. Et ce n’est pas l’entrée en force de la santé dans le commerce de la chair et des âmes qui va améliorer demain la qualité des soins octroyés aux plus humbles.

L’élève médecin, emplie de toutes les bonnes intentions du monde, a assisté impuissante avec sa collègue à une nuit d’agonie dans le service de pédiatrie du CHU de Casablanca. Pas que le cas de maladie rénale dont souffrait la petite était désespérée ou d’emblée gravissime. Mais c’est le fait d’assister à la chute de son état de santé heure après heure et les complications qui se sont succédées avec l'indifférence de la jeune interne qui ne se déplaçait pas de sa chambre, de l’absence de l’infirmier de nuit qui dormait paisiblement et de la nonchalance des autres collègues d’un autre service, jusqu’au constat de l’aggravation notable du cas de la fillette au petit matin et son transfert (trop tardif) vers la réanimation. La jeune fille est décédée dans l’après-midi.

Cette expérience macabre et inhumaine marquera à tout jamais les deux jeunes étudiantes qui sont venues me voir un dimanche matin. Elles ont quitté le service de pédiatrie où me disent-elles n’ont rien appris. Le service subit à l’instar de toutes les autres unités des CHU, une hémorragie des professeurs qui partent s’installer dans le privé. Des huit professeurs que comptaient le service, il n’en reste plus que trois, selon les étudiantes. Les résidents et internes sont abandonnées à leurs sorts pour apprendre le métier, alors les étudiants ce n’est plus qu’un détail de la désillusion ambiante.

Le système tel un ogre indéfinissable est le responsable de tous les manquements et tous les excès. Le système est difficilement attaquable parce qu'il est immatériel. Bien que c’est le produit des hommes et des femmes qui l’ont alimenté depuis des décennies, ces derniers l’on hérité des temps de la colonisation "civilisatrice", l’ont ensuite engrossé et complexifié en y ajoutant des ingrédients de toutes sortes. Cela va de l’inconséquence et l’irresponsabilité, à la corruption et l’impunité. On peut passer tout le temps qu’on souhaite pour condamner et se défouler sur le système, mais rien n’y fait, il demeure insensible. Sa force est son caractère immatériel. Parfois, il éjecte à la vindicte populaire un appât facile ou devenu indésirable pour calmer les foules. Mais quand la plupart des éléments de ce dernier acceptent les inepties, c’est vers l’écroulement et le chaos qu’on se dirige. Ceux qui s’y opposent ou se fatiguent, sont priés de le quitter, afin qu’il demeure libre et destructeur de la société et ses valeurs.

C’est parce qu'il est question de valeurs morales, religieuses et éthiques de la société, qui sont en destruction. Et le rejet du système de santé marocain par tous les citoyens n’est qu’un symptôme du rejet des valeurs humaines de ceux qui le constituent et acceptent d’en faire partie voire de le servir. Les étudiantes effarées que j’ai croisé ne souhaitent pas appartenir à une telle organisation, mais leur formation les oblige d'y être. Alors avec leurs aînés, ils y subissent les déboires, souvent en silence.

Aucun(e) jeune bachelier (e), souvent brillant(e)qui a voulu faire des études de médecine, ne pensait exercer ce noble métier avec inconscience ou juste par cupidité. C’est contre nature. Les étudiants deviennent internes ou résidents pour apprendre leur métier, soigner et être honoré par la société.

Ils ne s’attendaient pas devenir un objet de défiance et de méfiance !! Le système, encore lui, façonne les uns et les autres. Sans un véritable sursaut, il pourrait s’écrouler, en occasionnant des dégâts considérables qui éclabousseront tout le monde, et surtout les dirigeants qui l’ont laissé pourrir par mépris ou par indifférence.

Heureusement, qu’il y a quelques uns qui le refusent et font leur possible afin d’ échapper à l'énergie négative qu’il dégage. Saluons leur courage et aidons les à rester eux-mêmes afin d’insuffler la dignité, le partage et le sens du service rendu vis-à-vis de Dieu et des Hommes. Ceci nous donne les raisons d'espérer et de garder la foi dans le genre humain.