Maroc : les parlementaires s'intéressent à l'état de notre santé !

  • 01 déc 2014

  • Par : pharmapresse

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Le groupe socialiste à la Chambre des représentants a organisé, mardi 2 décembre , une journée d’étude sous le thème "la santé, un service public", avec la participation de parlementaires, syndicalistes et acteurs associatifs.

Etaient au programme de cette rencontre des exposés sur "le Régime d'assistance médicale aux personnes à faibles revenus et le droit aux soins et aux médicaments", "la réalité des Centres hospitaliers universitaires au Maroc dans le sillage des évolutions du système de santé", "pour un pacte national de la santé en perspective d’un système de santé solidaire, équitable et juste", et "la réalité du système de santé et sa profondeur stratégique".

A cette occasion, le premier secrétaire du parti de l’Union socialiste des forces populaires, Driss Lachgar, a indiqué que la santé est un système complet, dont les volets public et privé ne peuvent être séparés, estimant que la situation actuelle du secteur de la santé, caractérisée par la libéralisation des investissements, interpelle tous les acteurs politiques, syndicaux et associatifs.

Cette mesure initiée par le gouvernement sous prétexte de l’encouragement de la concurrence, de l’amélioration des prestations et du contrôle des prix, doit faire l’objet de questionnement afin d’en évaluer l'impact sur le système de santé et les citoyens en général, et non seulement sur la minorité pouvant se permettre d’accéder aux prestations des cliniques privées.

M. Lachgar a fait observer que les comptes nationaux de la santé 2012 indiquent que les dépenses globales ne dépassent pas les 1.450 DH par habitant, ajoutant qu’il existe d’autres indicateurs à prendre en compte pour diagnostiquer la situation, notamment la hausse du nombre des affiliés à l’assurance maladie obligatoire qui a passé de 25 pc à 33 pc entre 2005 à 2010 et l’allocution de près de 90 pc des budgets à la consommation dans le domaine de la santé et l'aggravation des écarts territoriaux et sociaux dans l'accès aux soins de base.

Le système de santé national s’est inscrit dans une nouvelle dynamique internationale dite système du marché de la santé qui fait des services sanitaires des produits de consommation, a-t-il estimé.

M. Lachgar s’est, par ailleurs, interrogé sur l’utilité et les répercussions des initiatives gouvernementales relatives à la libéralisation de l’investissement en matière de cliniques privées, alors que les pays développés commencent à abandonner de telles politiques.

Quelques indicateurs qui résument à eux seuls la crise chronique du système de santé au Maroc :

1- Les dépenses totales de santé au Maroc représentent à peine 6,2% du PIB, soit un niveau inférieur à celui de la moyenne des 194 pays membres de l’OMS qui est de 6,5% (Ces dépenses sont aussi deux fois moindre qu’en Tunisie et six fois moindre qu’en Jordanie. ).

2-Les dépenses du ministère de la Santé dans le Budget général de l’Etat (BGE) sont de 4,1% du BGE en 2012 alors que l’OMS recommande un taux de 9% (10,4% en Tunisie, 10,6% en Algérie, 11,6% au Sénégal et 16,3% en Jordanie )

3-La part des dépenses de santé directement prise en charge par les ménages s’élève à 53,6%, soit en moyenne 802 DH par an et par personne.

4- Selon les données de l’Agence nationale de l’assurance maladie obligatoire (ANAM), 46% de la population marocaine ne bénéficie pas encore d’une couverture médicale de base. Une chronicité confirmée par le CESE Selon le rapport du conseil économique, social et environnemental (CESE) sur le secteur de la santé au Maroc, le financement de la santé au Maroc fondé sur une couverture médicale de base « en constante progression » mais « reste insuffisant au regard du niveau encore élevé des dépenses des ménages en matière de santé ». Ce système devrait faire face à l’explosion de la facture des soins due aux coûts de la prise en charge des Affectations de longue durée (ALD), en plus , le Maroc connaît une transition épidémiologique avec un transfert de la morbidité due aux maladies transmissibles et aux problèmes de la période périnatale vers les maladies non transmissibles (MNT) et les traumatismes. Le résultat de cette transition épidémiologique va se caractériser par une explosion de la facture des soins, d’ailleurs, 75% des causes de décès sont liées désormais aux MNT, un des pourcentages les plus élevés de la région MENA. Les cancers sont responsables de 12% des décès par MNT, et par conséquent, le premier déficit financier serait observé en 2016 pour le régime AMO géré par la CNSS et en 2015 pour le régime AMO géré par la CNOPS. Les maladies chroniques représentent donc le défi majeur auquel est confronté le système de la couverture médicale de base (les dépenses liées aux ALD ont représenté 51% des dépenses globales de l’AMO, en 2012, bien que ne concernant que 3,3% des assurés ! ). Dans ce sens, le CESE préconise une politique volontariste de lutte contre les facteurs de risque de ces maladies, notamment le tabagisme, la sédentarité et les mauvaises habitudes alimentaires et appelle aussi à la maitrise des coûts de la prise en charge des ALD. Ceci passe par la baisse des prix des traitements, des médicaments souvent onéreux.