Grève des médecins contre les accusations du Ministère de l'Intérieur

  • 22 Jan 2018

  • Par : Mostafa LE HALI

  • Tags : Maroc, sante

Les médecins du secteur public ont été sévèrement critiqués par le ministère de l’intérieur qui les a accusé de "manque de patriotisme et leur a fait endosser la responsabilité des mouvement protestataires que différentes régions du Royaume avaient connus.

Dans un communiqué de presse, le bureau national du Syndicat indépendant des médecins du secteur public (SIMSP) s’est indigné face aux propos de Noureddine Boutayeb, ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur, lors de la réunion d'une commission parlementaire sur la gestion du programme de couverture de santé RAMED. Mr Noureddine Boutayeb a qualifié les médecins du secteur public "d’irresponsables face à un secteur qui est déjà en crise".

Le bureau national a indiqué dans ce communiqué que les médecins ne sont pas responsables de la détérioration des conditions de travail dans les établissements publics, le médecin du secteur public ne saurait pardonner à quiconque de le traiter froidement. Le bureau national a ainsi invité l’état à prendre en main ses responsabilités vis-à-vis du secteur de la santé.

Noureddine Boutayeb avait accusé, lors de cette réunion, certains médecins du public de manquer de patriotisme, de ne se présenter à leurs postes que durant les visites officielles des responsables. Selon le ministre, malgré la mise en place de plusieurs infrastructures sanitaires au sein du royaume, rares sont les médecins qui veulent y opérer.

Pour répondre à cette accusation, le SIMSP appelle les médecins du public à prendre part en masse au mouvement de grève qui sera organisé le 10 février prochain.

Il est à noter que les chiffres en matière d’accès aux soins de santé sont alarmants, une grande partie des citoyens ne peuvent pas les payer. Aujourd'hui au Maroc, la difficulté d'accéder aux soins se trouve aggravée par une inégale répartition géographique entre milieux et entre régions. Les écarts de densité sont importants non seulement entre les régions sanitaires mais aussi au sein de la même région. Bien plus, la distribution régionale des professionnels desanté favorise largement les régions métropolitaines. En effet, 22% des professionnels publics, sont concentrés dans les régions du Grand Casablanca et de Rabat-Salé ZemmourZâer ; c’est aussi dans ces deux régions que sont installés 50% des médecins exerçant dans le secteur libéral. Le Maroc souffre d'une pénurie aiguë en personnel de santé. Il ne compte que 6 médecins pour 10.000 habitants. Le pays est loin de répondre au standard de l'OMS fixé à 1 médecin pour 650 habitants. Selon le ministère de la santé, le manque de médecins est estimé à 7.000. Pour ce qui est des infirmiers, les besoins s'élèvent à 9.000. S'agissant du personnel infirmier et des sages-femmes, leur nombre s'élève à 24.328, ce qui représente une densité médicale de huit professionnels de santé pour 10.000 habitants, selon les statistiques sanitaires 2010 de l'OMS. Plusieurs rapports émanant d'organismes nationaux ou internationaux ont dressé un bilan dérisoire en termes de santé au Maroc. Le Réseau marocain pour le droit à la santé avait publié un rapport dans lequel il dénonce l’état piteux des hôpitaux au Maroc. Selon ce rapport, 70% des structures hospitalières relevant du secteur public sont non-conformes.