Face aux urgences vitales ... au Maroc!!

  • 03 Jan 2018

  • Par : Dr Zouhair Lahna

  • Tags : Maroc, sante

Si l’argent peut aider à accéder aux cliniques privées et à réaliser à des interventions dans de brefs délais, dans de meilleurs conditions et avec de bons chirurgiens (et encore !), il n’a aucune utilité en cas d’urgence. Le délai de prise en charge peut être long, surtout si le principal intéressé a perdu connaissance. Quand un système des urgences est mauvais pour le peule, il l’est également pour le fortuné. Faut-il qu’il prenne conscience de cette réalité ?

Supposons qu’une personne fasse un accident de la circulation dans sa berline et qu’elle ne soit pas assez lucide pour joindre sa famille ou son assurance, ou qu’elle se trouve loin d’un centre urbain. L’arrivée tardive des secours, les mauvaises manipulations des agents de sécurité civile ont été mal formés à porter un accidenté de la route et la vétusté de l’ambulance sont des réalités.

Enfin, à l’arrivée de ce qu'on peut appeler l'acceuil des urgences dans n’importe quelle structure publique, l’accidenté nanti mais inconscient sera confronté à la nonchalance de ceux qui l’accueillent et surtout de leur mauvaise prise en charge structurelle, l'adéquate prise en charge existe bien entendu, mais elle n'est pas la règle.

En cas de lésions sérieuses, notre nanti finira par mourir, parce qu’il vient de subir ce qu’endurent la plupart des Marocains : Un retard de prise en charge et une négligence caractérisée. Cet état de fait n’est pas un accident de la nature, mais une façon de faire – structurée volontairement ou pas – de façon à ce que les nouveaux perpétuent les usages des anciens.

Tous les médecins et professionnels de santé qui ont voulu faire des changements pour améliorer la prise en charge des urgences, ou n’importe quel autre dysfonctionnement dans le service public de la santé, ont été invités à déchanter. Ils ont fini par se résigner ou par jeter l’éponge.

La pensée dominante voulant que chacun s’occupe de sa petite personne et de son entourage en leur cherchant des solutions individuelles, dans un climat général délétère, a hélas pris le dessus. La complexification de la situation sanitaire a fini par faire perdre aux plus courageux la volonté de participer au changement.

Par conséquent, la voie est restée ouverte aux marchands des âmes, qui voient en toute mauvaise gestion un bénéfice potentiel personnel. Que ce soit les quelques professeurs de médecine véreux qui monnaient leur savoir à prix d’or, laissant les patients sur les carreaux et leurs élèves dans l’ignorance ou souvent le mépris, ou des investisseurs qui ont réussi à faire passer des lois de marchandisation de la santé. Ainsi, l’idée que les moyens financiers puissent sauver des vies s’est imposée dans les esprits.

A Casablanca, un bâtiment sur le chemin mène vers la porte principale du CHU Averroès, sur lequel est écrit en lettres majestueuses SAMU (Service d’Aide Médicale d’Urgence). Celui-ci se voulait une copie de ce qui se fait en France par le ministre de la Santé sortant et l’omnipotent chef des urgences (désastreuses).

Aucun service de soins d’urgence publique n’a vu le jour depuis plusieurs années. Le bâtiment ne contient qu’un staff, qui sert quand il souhaite travailler à orienter les patients. Maintenant, l’idée de le privatiser prend forme en le faisant financer par l’acteur de santé qui monte une société des assurances. Il a commencé à investir dans ce secteur juteux qu’est la santé d’un peuple malade.

Certaines questions doivent être gérées collectivement, pour le bien-être de tous. Devant la faillite des politiques et des décideurs, c’est aux diplômés et aux personnes souhaitant vivre dans une certaine sécurité de penser à se mobiliser derrière les demandeurs de la dignité pour le peuple.

La gratuité et l’efficacité de la prise en charge dans les urgences doit faire partie de ce droit fondamental à la vie. Tout le monde en est concerné et pas seulement une élite. En effet, même si cette dernière a tendance à l’oublier, elle fait partie du peuple et la faiblisse de l’accident et de la maladie la ramène à cette réalité. Réalité de l’égalité devant la souffrance et la mort, qui devient évidente dans n’importe quel cimetière… Il n’y a qu’à y faire un petit tour !