Bouya Omar : le "Guantanamo marocain" des malades mentaux .

  • 01 avr 2015

  • Par : pharmapresse

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Alors qu'on croyait Bouya Omar fermé , après la proclamation de M. El Ouardi, dès fin 2013, de son intention de fermer ce centre après qu'une ONG, l'Alliance marocaine pour la citoyenneté et les droits de l'Homme, eut attiré l'attention d'une délégation onusienne sur les conditions d'internement, revoilà le "Guantanamo marocain", resurgit à l'occasion de la présentation, le mercredi 15 Avril à Kelaât Sraghna, des résultats d’une enquête sur la problématique de la violation des droits des malades mentaux au mausolée Bouya Omar.

Selon cette enquête, menée pendant plus de six mois par une vingtaine de psychiatres,plus de 800 personnes sont internées à Bouya Omar, à 50 kilomètres de Marrakech , dans des "conditions misérables", où ils subissent des "pratiques portant atteinte aux droits de l'Homme". Ces personnes sont maltraitées, leur dignité est bafouée, leurs droits sont violés, logeant dans des conditions très difficiles, avec une absence terrible d'hygiène.

En chiffre ,selon cette étude, la quasi-totalité , de ces personnes sont des hommes, avec seulement 19 femmes, soit près de 3%. Les célibataires représentent 87%, le reste étant marié ou divorcé.

L'enquête dévoile que tous les pensionnaires sans exception souffrent de maladies mentales et psychiatriques, 70 % ne reçoivent aucun traitement, vivent dans de conditions difficiles et subissent de mauvais traitements en flagrante violation des droits de l’homme et des malades mentaux.

Par catégories d’âge, il ressort de cette enquête que 35 % des pensionnaires sont des trentenaires (30-39 ans), 25 % sont des quadragénaires (40-49 ans), et 18 % sont de la catégorie d’âge 20-29 ans.

En ce qui concerne le niveau scolaire des pensionnaires, l'étude souligne que 36 % ont un niveau d’enseignement primaire, 31 % collégial, 17 % secondaire, 12 % sans niveau et 5 % universitaire.Pour ce qui est de l’origine des pensionnaires, 154 malades sont originaires de Casablanca, 72 de Tanger-Tétouan, 64 de l’Oriental, 61 de Tadla, 54 de Rabat et 54 originaires de Marrakech.

L'enquête révèle que les pensionnaires paient en moyenne 786 DH à 4 par chambre, 24 % ne reçoivent aucune visite familiale et 23 % sont dans un mauvais état sanitaire.

Pour tenter de trouver des solutions à ce problème ,l'étude recommande la construction d’un centre médico-social moderne dans un délai de « un à deux ans » pour remplacer Bouya Omar, ainsi que « des campagnes de sensibilisation » de la population.

Le ministre de la santé cède aux lobbies :

Bouya Omar est un centre de détention de malades mentaux à ciel ouvert. Ces malades  qui souffrent tous de troubles mentaux, sont enchaînés, drogués et maltraités au nom de la «baraka» d’un saint mort il y a quatre siècles. Il abrite une réalité désastreuse : business, misère et charlatanisme.

Depuis 2013 , plusieurs ONG ( l'Association Marocaine des Droits Humains ( AMDH) l’Alliance marocaine pour la citoyenneté et les droits de l’Homme ) avaient dénoncé l'état de ces  "séquestrés", M. El Ouardi, aussi avait proclamé de son intention de fermer ce centre mais malheureusement aujourd'hui le ministre de la santé cède aux divers lobbies qui exploitent la santé et la misère de nos concitoyens.

Il est à noter que le fermeture de Bouya Omar été identifiée comme une "urgence" par le Conseil national des droits humains (CNDH), dans un rapport intitulé "santé mentale et droits de l'Homme: l'impérieuse nécessité d'une nouvelle politique", qui alertait sur le manque de moyens et les conditions parfois "inhumaines" de certains internements.

Le village de la honte et le business de la folie : 

Les raisons de la venue (volontaire ou contrainte) vers ce sanctuaire sont diverses : situations conjugales non désirées (célibat, divorce), perturbations physiques ou psychiques (paralysies, hémiplégies, épilepsies, dépressions), toxicomanie, alcoolisme.

Des centaines de malades vivent avec des chaînes entravant les mains et les pieds. Ils sont réduits en esclavage, font des travaux pénibles, ne mangent pas à leur faim et ne bénéficient d'aucune protection. Ils ne reçoivent que du pain et du thé comme alimentation, et doivent en plus travailler pour le compte de leur geôlier en attendant leur guérison. Certains sont là depuis des années .Ces pauvres malades sont confiés à " d'anciens malades " moyennant des sommes fixées à la tête du client. Ça débute à 500 DH et ça peut grimper facilement à 10 000, voire 20 000 DH pour ceux qui en ont les moyens. Chaque habitant, descendant de Bouya Omar, a entre 10 et 120 locataires.

La semaine dernière des journalistes d’Al Aoula ont réussi à filmer, en caméra cachée, “l’internement” forcé d’un membre de leur équipe de tournage, en le faisant passer pour un déséquilibré. Il aura suffi de quelques centaines de dirhams pour que les “matons” se déplacent au domicile du vrai-faux malade et l’emmènent de force à Bouya Omar. le lendemain de la diffusion du documentaire , des internautes ont créé sur Facebook un groupe “Pour la fermeture de Bouya Omar”. En quelques jours, il a rassemblé plus de 700 personnes.Pour quelques billets malheureusement, ces “matons”  sont prêts à envoyer une équipe « ramener » de force un malade récalcitrant de n'importe quelle ville du Maroc.

La santé mentale souffre toujours de carences majeures:

Au Maroc, le secteur de la santé mentale souffre toujours de carences majeures, en infrastructure ou en personnel. Selon la dernière enquête épidémiologique, "40% de la population marocaine âgée de 15 ans et plus souffre, ou a souffert, d'un trouble mental" d'intensité variable , dont près d'une femme sur deux.

Selon l’AMDH, le Maroc ne compte que 2000 lits comme lits psychiatriques. La majorité de ces lits est répartie essentiellement sur les trois centres spécialisés en psychiatrie, Ibnou Rochd, l'hôpital Arrazi de Salé et Mernichi de Marrakech.